Le paradis des cèdres

Le paradis des cèdres   

 

d’après un texte de Boualem Sansal un natif de theniet

Par Michèle

Dans les monts boisés de l’Ouarsenis dressés comme une cathédrale au cœur de l’Atlas Tellien, cette épine dorsale qui traverse le Maghreb d’est en ouest, et fait frontière entre le nord qui va se jeter mollement dans la mer et le sud qui s’enfonce dans le désert, se trouve un village ayant pour nom Theniet-el-Haâd. C’est mon village natal. Il s’est toujours appelé ainsi, il était trop petit, pauvre et isolé, pour que les conquérants venus d’orient ou d’occident se fatiguent à le prendre et à le baptiser selon leurs coutumes.

Si haut placé dans la montagne, niché dans son immense forêt de vénérables et majestueux cèdres, Theniet est resté lui-même et jamais la solitude ne lui a pesé. Il n’y avait pas de raison, il était au paradis des cèdres. Les étrangers s’y sont installés et il en est qui sont venus de loin, étaient les ardents défenseurs de sa quiétude. Theniet a réussi ce que la vielle sagesse du monde recommande depuis les origines : vivre caché pour être heureux. Et ainsi, ou qu’ils soient dans le monde, ses enfants vivent-ils dans la plus parfaite discrétion……

……On ne connait pas d’histoires à ce village sinon celles qu’il s’est inventé lui-même.Et elles sont merveilleuses, ce sont des histoires de montagnards et d’hommes des bois, tous un peu chamans, druides sur les bords. Derrière les apparences immuables, il y a le mystère et toutes les résonnances que les bruissements et les silences, les lumières et les ombres, les odeurs et les respirations, les pensées et les images entretiennent quand le temps n’obéit qu’à son rythme et que le ciel veille sur la sérénité du monde.

La route qui y mène n’a jamais été qu’une sente et personne n’a cru devoir jamais lui imposer un chemin. Elle s’est faite toute seule, allant par-ci par-là longer un précipice ,contourner un éboulis, affronter un raidillon ,bifurquer pour aller visiter une chênaie hébergée depuis un bon millénaire par nos amis les cèdres ou s’abreuver à une source qui coule d’une vieille blessure faite par la foudre dans le mur de granit. Parfois, comme si elle s’était oubliée dans ses pensées ou simplement par jeu, elle tourne autour d’un pic en forme de bétyle géant ,et pas un n’a tenté de la sortir de ce cercle. On la suit et on reprend son chemin au point d’entrée dans la ronde. Tout cela coûte du temps mais le temps n’avait pas d’importance.et puis l’air est si pur que la fatigue est un plaisir recherché. Arrivé au village, la route  se ramifie en rues ruelles jusqu’à la dernière demeure .Au-delà on avance comme on peut. On va errer dans sa foret, chasser, ramasser du bois, des glands des caroubes, des champignons, point n’est besoin de route pour cela. L’essentiel est de revenir avant le coucher du soleil et le réveil des habitants de la  forêt. On ne les craint pas, sauf les loups et les esprits malins, mais les choses étaient ainsi réglées depuis longtemps, à nous le jour, à eux la nuit .Au crépuscule et à l’aube naissante, il advenait parfois d’étranges rencontres mais nul n’en est mort. Au contraire ça mettait de la vie dans la conversation et donnait à rêver aux enfants que nous étions.

Maupassant qui nous a rendu visite en 1889 a écrit »Ce qui m’a laissé au cœur les plus chers souvenirs ;Ce sont les marches de l’après-midi le long des chemins boisés d’où l’on domine un immense pays onduleux et doux, depuis  la mer bleuâtre jusqu’à la chaine de l’Ouarsenis qui porte sur  ses faîtes la foret des cèdres de Theniet-el Haâd »

Boualem Sansal




24/05/2013
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