le sfwindge

LE SFWINDGE

 par Francis Roch

 photo de Michèle

En voilà une pâtisserie (même si elle est salée) qui a marqué notre adolescence ! Je revois parfaitement le marchand qui était installé (ex) rue Margueritte, à droite, de l’autre côté du café Formento.

C’était une minuscule échoppe, chichement éclairée par une ampoule qui pendait au bout d’un fil torsadé. La quasi-totalité de la surface du magasin était occupée par une élévation à hauteur des yeux ; une sorte de bloc de ciment recouvert d’un carrelage blanc. Là-dessus, trônait le magicien, assis en tailleur, face à sa bassine frémissante d’huile chaude.

L’homme était massif, habillé d’un maillot de corps sans manche et d’un pantalon bleu. Le visage un peu bouffi, ruisselait de sueur dans cet antre surchauffé. A son cou, il avait une serviette nouée.

Le marchand de beignets était sur mon passage, entre l’école et ma maison.

Je revois également le geste du bonhomme, qu'on pourrait dire auguste tant il y avait de la perfection et de l’art. Il pétrissait une petite galette blanche et fine, la faisait tourner entre ses doigts habiles en amincissant le milieu. Ensuite, il la jetait avec précision dans la bassine, où elle provoquait un chuintement brumeux. Animée d’une inertie adéquate, elle tournait lentement dans son bain, en prenant une teinte dorée et appétissante. Enfin, il la ressortait délicatement avec une pincette, l’entourait d’une feuille de papier journal préalablement découpée avec précision dans de vieilles éditions. Immédiatement, le papier absorbait l’excédent d’huile.

La tentation était grande et pour un douros je dégustais souvent un sfwindge. Goulument.

Au bout d’une poignée de secondes, il ne me restait que des mains luisantes d’huile, et un goût de beignet frit dans la bouche.

C’était savoureux ; et bien plus qu’une tartine de confitures !

Le sfwindge était de toutes les sorties. Immanquablement, nos déambulations dominicales, ou autres nous amenaient, devant le marchand de beignets. Bien sûr, il y avait la Zlabia. Mais rien de comparable. Trop de sucre peut-être ! De toute façon la zlabia était plutôt un dessert. 

Mais pourquoi ne pas parler du sfwindge en composition de géographie ou en calcul mental ?

Pour nous, à cette époque (qu’en est-il aujourd’hui ?), le sfwindge était synonyme de zéro. Mais oui, avoir un sfwindge ne nous faisait pas spécialement plaisir et même nous attirait des ennuis.

Personnellement, je n’ai pas été traumatisé par ces sfwindges numéraux, puisque le sfwindge pâtissier est encore bien ancré dans ma mémoire, du côté des merveilles enfantines.

Vous voyez « Sfwindge » a donc cette double qualité très paradoxale d’être à la fois un délice et une sanction.

 

Merci aux trois amies de m'avoir rappelé le sfwindge de mon enfance.

 



21/05/2013
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