Les instituteurs en Algérie

Les instituteurs en Algérie

 

Par Michèle

Ils se sont pensés eux-mêmes bien plus comme des passeurs dans les deux sens des savoirs et de cultures entre deux mondes juxtaposés, mêlés ou opposés, voire hostiles, que comme des agents relais de la « mission civilisatrice » de la colonisation. Ils n’attendent ni programme, ni manuels pour s’improviser comme tels , officiers des Bureaux arabes, interprètes, saint-simoniens souvent, enfin maitres formés par les écoles normales dans la continuité d’une histoire facilitée par la porosité de l’enseignement entre les débuts de la conquête, l’Empire et la République. Depeille, directeur des 1842 de l’école franco-arabe de la porte neuve à Alger, applique la méthode d’apprentissage de la lecture inspirée de l’enseignement mutuel, s’étend par la suite aussi bien à l’apprentissage de l’arabe que du berbère aux français qu’à celui du français aux autochtones. Son émule maitre adjoint Brahim Fatah, normalien lui succède en 1882 et devient un exemple de dévouement désintéressé malgré la suppression de toutes les subventions par la mairie.

Madame Luce Allix crée en 1850 à Alger une école de filles musulmanes pauvres. Sheer en 1881, à Fort National, ouvre une section pour former des instituteurs  qui essaime rapidement.

 Les métropolitains audacieux qui viennent exercer leur métier en Algérie, le mariage avec une institutrice permet de partir en couple et d’ouvrir une école pionnière comprenant une classe enfantine ou une classe pour les filles. Ils s’inspirent d’organes de liaison écrits par eux-mêmes et spécifiques à l’Algérie « L’Algérie bulletin d’enseignement des indigènes, journal des instituteurs d’Afrique du nord ».

Les débuts sont difficiles les paysans méfiants, les conditions précaires, les 1e essais voués à l’échec. D’après Mouloud Feraoun, instituteur lui-même, il ne retrouve sa place dans son village que lorsque les gens ont compris qu’il était le Cheikh (le maitre) titre que méritent aussi les roumis. L’engagement de ces instituteurs dans l’espace public prolonge leur devoir d’éveiller les consciences. Ils adhèrent comme en métropole aux syndicats, à la SFIO, à la franc-maçonnerie.

« Mémoires d’un instituteur algérien » de Saïd Faci 1931 et « Ferhat instituteur indigène » témoignent de leur malaise culturel, ces instituteurs indigènes sont souvent l’élément moteur des 1e mouvements d’opposition à la colonisation. Souvent devenus citoyens français, ils se présentent aux élections, créent des associations spécifiques « la voix des humbles » de Lechani, Tarhat, Zenati… montrent une liberté de ton et une volonté de participer à égal titre avec leurs collègues à la vie politique et syndicale française. Ils sont en 1e ligne pour les grèves et les manifestations du front populaire 1936.

Les instituteurs français eux ont à cœur de jouer le rôle de passeur de culture, leur aptitude à transmettre aux élèves langue et culture française a comme corollaire la vulgarisation à destination d’un public élargi. Pédagogues créatifs comme Louisette Vincent, ils innovent pour permettre aux élèves les plus démunis d’accéder au savoir.

Dans les années 1950, maitre européens et autochtones poursuivent des études universitaires, deviennent romanciers. Bien souvent la reconnaissance d’une transmission verticale  par ces maitres à leurs élèves transcende les barrières sociales et les clivages coloniaux.

Et notre petit Theniet fut de cela, même si on se souvient de la dureté de certains maitres et maitresses, ce qui était de l’époque, et même si malheureusement tous les thenetiens n’ont pas pu y avoir accès, ma grand-mère comme celle de Camus et bien d’autres étaient analphabètes. Il est regrettable  que tous les enfants indigènes n’aient pas pu eux non plus accès au savoir, ce savoir qui permet de penser par soi-même et de penser  librement.

 


École de filles - 2013


École de garçons - 2013



24/05/2013
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