La famille FERNANDEZ

Famille FERNANDEZ

Robert Fernandez me permet de rapporter, ci-dessous, l'odyssée de son père et de sa famille.

Cher Francis, voici, résumé, le récit de l'arrivée de mes parents à Téniet.
Comme tu verras, ce sont des circonstances très particulières dues à la politique de la France pendant la guerre froide, sous la pression des USA, de Franco, etc.

Le 7 septembre 1950, en pleine guerre froide, une grande rafle a eu lieu en France pour arrêter 288 militants antifascistes (dont 177 espagnols) appartenant à des partis communistes étrangers nouvellement interdits.
Cette rafle a été appelée «  OPERATION  BOLÉRO-PAPRIKA  »
Tous ces Espagnols s'étaient battus dans les FFI pendant l'occupation, après avoir combattu les franquistes en Espagne. La plupart étaient réfugiés de guerre, mais mon père habitait la France depuis 1923 et s'était engagé en Espagne pendant quelques mois.
Ces hommes ont été arrêtés par la police le 7 septembre à l'aube, dans leurs foyers. Comme on ne leur disait rien, ils ont cru qu'on les dirigeait vers l'Espagne pour être livrés à Franco ! Emmenés, menottés, par des CRS à Toulon, embarqués sur le croiseur Georges Leygues, ils ont été dirigés vers la Corse.
On leur demanda de «  choisir » leur point d'exil :  la Corse, l’Algérie, ou les pays de l'Est.
Les 84 qui arrivèrent à Alger montèrent dans 4 bus, sous la surveillance  de gendarmes, et un de ces bus prit la direction de Tiaret avec une vingtaine d'espagnols à bord.
Arrivé à Téniet, on fit descendre un groupe de 6 (dont mon père) à la gendarmerie, les autres allant sur Trolard-Taza, Vialar, Tiaret.
À Téniet, on les informa qu'ils étaient en résidence surveillée et qu'ils ne pouvaient pas sortir du village. Ils prirent pension au café Marty  et vivotèrent là, dans deux chambres, pendant quelques mois, travaillant pour des artisans ou des habitants.
Mon père, avec son métier de maçon puisatier ne manquait pas de boulot !
La politique, la Croix-Rouge, etc, agissant, la Pologne offrit son droit d'asile aux exilés « communistes » et tous se retrouvèrent le 28 juin 1951 à Alger.
Le 2 juillet, un tri fut fait et tous  les communistes embarquèrent sur un bateau polonais, sauf  7 hommes (dont mon père) qui sont restés sur le quai !
Une grande confusion s'en suivit et les 7 furent vite mis dans un bus qui ramena à Téniet mon père, Maté et Sala, et les autres à Trolard-Taza et Vialar.
En 1952, ma mère et moi sommes venus passer l'été avec mon père, mais nous ne nous sommes  installés qu'en 1954 à Teniet-el-hâad.
Nous avons vécu très heureux, totalement intégrés à la population, parmi laquelle nous comptions, mes parents et moi, de nombreux amis.
           
Voilà, c'est une histoire peu banale (et très personnelle). Peut-on en parler sur le blog ? Je te laisse juge.
Mon père s'est toujours défendu d'avoir adhéré au PC espagnol et n'a jamais compris pourquoi on l'avait emmené.
Amitiés                           

Robert

Lu sur internet à propos de l'opération Boléro-Paprika :

Le 7 septembre 1950, à 5 h du matin, une grande rafle est déclenchée un peu partout en France en vue d’arrêter 404 militants antifascistes.
«  Le volet « Boléro » de l’opération visait des communistes espagnols (ou présumés tels) qui devaient êtres déportés en Corse ou Algérie (en principe).
Le volet « Paprika » visait des communistes d’autres nationalités qui devaient être expulsés « vers les frontières de l’Est » (in fine : URSS, Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Allemagne de l’Est).
En fait, au 9 septembre, les archives policières dénombrent 288 arrestations : 177 Espagnols, 59 Polonais, 14 Soviétiques, 13 Italiens, 6 Hongrois, 5 Tchécoslovaques, 4 Grecs, 4 Roumains, 4 apatrides, 2 Bulgares.
61 Espagnols furent dirigés vers la Corse, 84 vers l’Algérie, 32 vers « les frontières de l’Est ».



Sympathiquement connus de tous les habitants de Téniet, M. et Mme Fernandez étaient des figures du village.


Thérèse et Edouard FERNANDEZ

Réfugiés espagnols après la guerre d'Espagne, la famille Fernandez s'était facilement intégrée dans la population.
Qui ne se souvient pas de Mme Thérèse Fernandez derrière le comptoir du Foyer rural ou dans sa petite boutique de photos à côté du café Formento ? Toujours souriante, elle avait un mot gentil pour chaque personne.



Robert et ses parents avec des habitants de téniet

M. Edouard Fernandez s'occupait de la sonorisation des manifestations (notamment lors des sauteries) qui se déroulaient dans le Foyer rural qui finalement était à la fois le centre culturel et la Maison des Jeunes de Téniet.
Par ailleurs, il était également le projectionniste du cinéma qui faisait concurrence à la salle Formento.
Je crois bien que le Foyer rural ne vivait que grâce à eux, à leur gentillesse et à leur disponibilité.
De mon point de vue d'adolescent de l'époque, il me semble que les Fernandez n'arrêtaient jamais de travailler !



M. SALA, Robert, A. FORMENTO et M et Mme FERNANDEZ

Ils avaient plusieurs enfants mais le plus connu était Robert. Garçon de ma génération qui a exercé une grande influence sur nous, ses camarades.
Elève brillant, il a été le leader de la classe de CM2 pendant toute l'année 55/56 à notre grand désespoir.
Grand connaisseur de musique contemporaine, il nous a fait partager sa passion grâce à son électrophone et, c'est là que j'ai découvert les Shadows avec « Apache ».


Francis ROCH


19/04/2009
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